Des miroitements liquides ensemensent à l'infini la ville.
Gerbes d'étincelles, chapelets de murmures, imperceptibles sourires.
Frémissent veinules, meut nature, mottes palpitent.
Sautillent bourgeons assoupis, scintillent mèches de cheveux frisés.
Fissures encombrées, flottent paillettes, fourmis harcelées, lézardes affolées.

Cadence rythmée et précipitée de rayons d'eau,
Tapis d'osier doré, pébroque de pluie.
Continuité implacable de tintements mécaniques et mesurés.
Les gouttières acharnés tressent des faisceaux aqueux de cristaux amorphes, échevelés.

Flaques hérissées perlent des gouttes resplendissantes, capuchonnées,
parées, alignées en rangs parfaits.
Tringles et vitres dégoulinent des nervures cristallines. Fibres brillantes et
soyeuses de lumière s'amoncellent comme par pulsations en bulles veloutées,
régulières et bosselées, s'agrippent puis chutent une à une.                                                                             

*"L'enfance, même malheureuse, par quel bonheur la remplacer ?" Traduit de la poésie turque par Jean Pinquié(le regretté) et Levent Yilmaz. Paru dans "Anthologie de la poésie turque contemporaine", Publisud, 1991, pp 15 et 80.