Pluie (2), impressions.

Je frissonne à ces chutes liquides comme si elles collaient à ma peau, il faut les écouter ces gouttes feutrées sur les tuiles ou les regarder se précipiter comme un mécanisme qu’on déclenche, elles nous envoûtent ces gouttes qui susurrent comme des frémissements de joie, se créent comme par miracle et viennent berceuses et endormeuses fleurer notre esprit d’un opium extatique, je la vois parfois s’étirer et tapoter tel un tapis qu’on déroule, un énorme faisceau de fils d’eau cinglant résolument le sol, renaissant en clochettes, éclatant puis reformant, fondant et resurgissant comme en ébullition, malléable parfois au gré du coup de vent qui la fait plier, interrompre, saccader, puis relancer pour de bon, impossible à arrêter dans son énergie de manade de chevaux au galop, elle sasse et ressasse, je prête mon oreille domptée au charme de cette magistrale mélodie tel des rires de bonheur, et mon regard ébloui, pénétré de cet immense feuillage liquide ne sait à quel rameau s’accrocher, des rus se tressent, glissent , s’engloutissent imbibés, on entend craquer et desserrer, le mécanisme prend fin, il a plu.