A un ami des hauts monts

Je suis familier de ces souffles de brise naissant aux cimes des cèdres et des chênes princiers de la Source d'argent, Aïn Noukra* où tu vécus, où nous vécûmes. Quand leur bruissement ondulait de rides de visage d'ange la surface de la source pure. Rien n'y menait qu'un chemin de gros blocs de silex et de granit comme un coin de paradis interdit, préservé de la profanation des âmes de ci-bas. Des blocs polis à force de mouler depuis les cieux hauturiers pour obstruer l’accès aux âmes impures, où des pics célestes se sont dressés pour suspendre la guipure étoilée. On y vivait tel quel mêlé à la nature et constituant son élément. Il y faisait toutes les couleurs de désirs. Je perçois ce souffle en toi cher ami dans sa fraîcheur originelle déversant du haut val dans la plaine infinie de Guigou*les plus suaves humeurs. Merci oh mon Bon, le bon des bons ! Je me demande pourquoi sont si hauts les lieux de bonheur, si loin les temps fixés aux heures auroréales, si limpides les regards sans ombre qui se fixent au point zéro, là où le pari ne peut se faire, juste sur le fil, entre être et non être. C’est si doux le passé, car l’enfance y est, cet îlot de bonheur, ce no man’s land ceint d’une aura sacrée, perdu depuis, adieu donc nid douillet de la tendre enfance ! A quel autre âge reviendriez-vous ?

*Aïn Noukra, (la Source d'argent), montagne de l' Atlas près de Guigou.
*Almis de Guigou, village du Moyen-Atlas à 40 kms d'Ifrane, 20 Kms de Boulemane et 90 de Fès.